Yv

http://lyvres.over-blog.com/

Je lis, je lis, je lis, depuis longtemps. De tout, mais essentiellement des romans. Pas très original, mais peu de lectures "médiatiques". Mon vrai plaisir est de découvrir des auteurs et/ou des éditeurs peu connus et qui valent le coup.

Conseillé par
24 novembre 2022

Septième tome des aventures du jeune gendarme assez rapprochées puisque la première démarre en 1791. Toujours aussi passionnantes. Le contexte politique est toujours trouble et troublé, dense. Heureusement que Jean-Christophe Portes est pédagogue pour nous remettre en tête les rôles de chacun (il y a même une note explicative en fin de volume). Le roman historique est bon s'il sait s'adresser à tous, et c'est un pari très largement réussi par l'écrivain qui dose impeccablement, histoire et fiction, personnages réels et fictifs. Bref, un régal. Dans un volume un peu plus ramassé que les précédents (330 pages), il n'y a aucun temps mort, rien, tout est nickel.

Pour continuer dans les bons points, ce que j'aime bien dans cette série c'est que son héros Victor Dauterive évolue au fil de ses aventures, avec l'âge et les rencontres. Et dans ce tome, sans doute plus encore que dans les autres. Olympe de Gouges, sa bonne amie, très préoccupée par le futur procès de Louis le dernier et pas très en odeur de "citoyenneté" auprès des sans-culottes pour des écrits polémiques, s'efface au profit de Marie-Anne Pothron, une jeune femme enceinte que Victor a recueillie. Mais ne pourrait-il pas y avoir davantage entre les deux jeunes gens ? Ah, suspense... On sent un tournant dans la série. Septième tome, l'âge de raison pour Victor ?

Tout cela est excellent, JC Portes égratigne sensiblement certains révolutionnaires : "Plus la Révolution avançait, plus Dauterive se désolait du peu d'effet qu'elle produisait dans la classe privilégiée. Le procès du roi, la misère, la guerre aux frontières et les émeutes, tout cela s'agitait comme un tourbillon de poussière devant les vastes demeures des gens riches, sans jamais y pénétrer" (p.161). Victor s'embarque dans une enquête qui le mènera sur les traces de personnes sans scrupules prêtes à tout pour de l'argent, il devra une fois encore faire preuve d'intelligence et de ruse et faire confiance à ses amis, Marie-Anne, le député Charpier, Azur le flic, et Joseph un gamin qu'il a recueilli dès le premier tome. Il y laissera encore quelques illusions, s'étonnera toujours de la cupidité de certains. A tout juste vingt ans, il a déjà beaucoup vécu et donné, mais la valeur n'attend point le nombre des années, paraît-il...

Conseillé par
24 novembre 2022

Max et Le Manchot sont dans la jungle amazonienne à la recherche de l'avion et du trésor qui y serait planqué. Baïa est seule, le capitaine Rego la cherche. Tous sont poursuivis par les hommes d'Hermann le chef du camp de travailleurs. Il y a aussi les 3C, Charlotte et Christelle, les infirmières qui se retrouvent dans une situation compliquée et leur amie Corinne qui tente de les en sortir. Puis Magarida, la patronne de la taverne.

Tome 3 de la série, toujours aussi passionnante et dynamique. Courses-poursuites, chassés-croisés, rebondissements. Lorsque l'on croit comprendre les liens entre certains personnages, on doute aussitôt d'eux. Beaucoup de protagonistes sont retors, doubles voire triples, des hommes qui ont vécu des aventures folles et qui n'étaient pas forcément du bon côté. Sans scrupules, prêts à tout pour un peu d'argent.

Scénarisée par Régis Loisel, l'histoire monte encore d'un cran dans ce tome pour nous emporter totalement dans un tourbillon d'action et de surprises. Et le dessin d'Olivier Pont, virevoltant, coloré qui fait la part belle aux personnages mais sait aussi représenter de très belle manière la jungle amazonienne, renforce l'envie de passer du temps là-bas et de connaître le fin mot de l'histoire, mais il faudra attendre les tomes suivants.

Nouvelles

Luc LEENS

Quadrature

Conseillé par
24 novembre 2022

Les éditions belges Quadrature se dédient complètement à la nouvelle de langue française. Luc Leens est né à Mons, il est traducteur et nouvelliste. Comme le dit Armel Job dans la préface, l'art de la nouvelle c'est de raconter la vie, les souvenirs arrivent par bribes, par époque, les nouvelles aussi se suivent et ne se ressemblent pas. Douze nouvelles forment le recueil de Luc Leens. Douze nouvelles différentes dans les histoires qu'elles racontent, dans le format.

Aucune ne ressort du livre, c'est à dire qu'elles sont toutes très bonnes. Elles parlent de la filiation, de l'abandon, de l'amour, de la mort, de la transmission, des liens du sang, de la différence.

- Bacchus : Bacchus est sommelier dans un grand restaurant et mis à contribution lorsqu'un inspecteur d'un guide est repéré.

- La peau d'une femme : Émilie est plombière, mal acceptée dans ce monde viril, mais elle a de la ressource.

- Le papillon : Élise s'installe dans un nouveau quartier et tente de faire connaissance avec sa voisine qui semble la fuir.

- L'un contre l'autre : 53 ans de vie commune et la Covid qu'elle lui transmet. A l'enterrement, elle se pose beaucoup de questions.

- Le virus de Cooper : après la Covid, c'est le virus de Cooper qui sévit, très différent et s'en protéger est difficile.

- La bague : trouver une bague hors de prix dans les affaires de sa défunte femme amène ce veuf à se poser des questions sur la fidélité d'icelle

- L'aveu d'Éva : lorsqu'Élise répond à ce numéro inconnu, c'est Eva sa grand-mère qu'elle ne connaît pas qui lui parle des raisons de l'éloignement de sa mère

- Que je porte en moi : Thomas est nez pour un parfumeur. Arrivé dans un festival, il fait la rencontre d'une jeune fille qui porte une fragrance qui l'intrigue

- Le féminin de preux chevalier : quelques semaines après la mort de sa mère, Élisabeth reçoit une lettre qui lui raconte l'enfance de celle-ci, dans un pensionnat catholique.

- Le plus beau jour de sa mort : une maman, quelques jours avant sa mort répond à sa fille et lui explique le plus beau jour de sa vie.

- Le dernier mot : l'éloge funèbre d'une capitaine de gendarmerie piégée par un trafiquant de drogue.

- Le père que tu n'auras pas : Isabelle est une femme superbe qui ne vit pas bien qu'on ne s'intéresse qu'à sa plastique et qu'on la fuie lorsqu'on s’aperçoit qu'elle est capable de raisonner, de réfléchir.

Beaucoup de femmes dans ces nouvelles, qui se posent des questions sur la maternité, qui veulent la parité, l'égalité, qui parfois subissent coups, brimades, habitudes machistes... Des femmes de tous les jours, les hommes itou. Les histoires de Luc Leens sont celles de nos voisins, de nos ami(e)s, de nos proches ou de gens que l'on côtoie, croise quotidiennement. Émotion, humour, tendresse, poésie, c'est tout cela que l'on trouve dans ce joli recueil.

Piotr BARSONY

Intervalles

Conseillé par
24 novembre 2022

Marc Édito, célèbre critique d'art pour Art Niouze est installé à New York, mais suite à un accident bête, il se sent obligé de rentrer à Paris. Marc est préoccupé par plusieurs choses : son prochain livre pour lequel il doit trouver un éditeur, sa fille Zaza qu'il ne voit que trop peu et son impuissance sauf pour une femme en burqa. Cette femme, Afaf est l'attachée de presse de Daesh, et Marc ne rêve plus que de la revoir, ce qui attire l'attention de l'organisation terroriste et des services de renseignements français. Et Marc a le don inné de se mettre dans des situations embarrassantes voire humiliantes.

Marc Édito est né dans les années 70 dans le journal L'écho des Savanes et il me souvient l'y avoir croisé. Je me rappelle ses lunettes et sa couleur verte plus que ses aventures. Trente ans après sa dernière apparition, le voici qui revient dans une bande dessinée au départ prévue en 2020 chez un autre éditeur qui a jeté l'éponge suite au soutien de Piotr Barsony à la journaliste Zineb El Rahzoui menacée par des islamistes. Ce sont les précieuses éditions Intervalles qui reprennent le flambeau et publient ici leur première BD.

Et je comprends dès le début que certains puissent être mal à l'aise avec Marc Édito -pas jusqu'à le censurer ou le menacer-, car il parle de tous les sujets : l'art bien sûr, la création, la critique, mais aussi le terrorisme, le port de la burqa qu'il érotise, l'impuissance, les diverses obsessions, le sexe, la paternité... Tout est prétexte à la futilité, à la déconnade, à la moquerie et finalement à une réflexion assez profonde sur ce qui nous gouverne et nous pourrit la vie : l'intégrisme religieux, les médias qui montent en épingle un fait divers, mettent sur un piédestal un quidam dès lors qu'il fait quelque chose de pas commun et qui le descendent dès qu'il fait un pas de côté ou se plante, la pudibonderie croissante...

La manière d'aborder tout cela avec un décalage et un humour évidents, un personnage un peu lourd qui ne voit jamais le mal autour de lui et qui se met dans des situations dans lesquelles il est le mal, un dessin très coloré certes, mais osé parfois, ne sera pas du goût de tout le monde. Personnellement, j'aime beaucoup, c'est parfois bête -et ça me fait rire-, Piotr ne respecte rien, détourne tout et ça j'adore. Rire de tout n'est pas toujours aisé, on prend le risque de se mettre à dos plusieurs parties de la population, parfois totalement opposées, mais qu'est-ce que c'est bon!

Alors, pour une bonne tranche de rigolade mais pas seulement, n'hésitez pas, lisez Marc Édito.

Les disparus ne le sont jamais vraiment

Geste

Conseillé par
24 novembre 2022

Stéphane Pajot est journaliste culture dans un quotidien du pays nantais. Il connaît la ville, ses moindres recoins, ses personnages typiques, connus ou marquants, les anecdotes qui les entourent, les divers changements de la ville au cours des années qu'il traque avec sa collection de cartes postales et dévoile sur ses divers comptes sur les réseaux sociaux. Stéphane aime semer dans ses livres les traces de tel ou tel personnage, ses acrobaties -car il aime les acrobates, les freaks, les chanteurs de rues, les clodos flamboyants...- décrire tel monument ou installation qui n'existe plus. Quand on connaît ses livres, on se plaît à chercher où il a pu les cacher, et quand on ne les connaît pas, ce qui entre nous est une faute impardonnable, ils donnent des couleurs, une ambiance.

Pour ce roman, l'auteur quitte un peu Nantes pour la Bretagne profonde, celle de Brocéliande et de ses légendes. Mathieu Leduc a délégué à moins impliqué que lui les recherches qui vont assez vite flirter avec le fantastique, l'immatériel. Les âmes errantes des morts, les Dames Blanches... Et la forêt de Brocéliande, terre de légendes s'il en est -je m'y suis perdu une fois- et le typique village de Tréhorenteuc. 

Stéphane Pajot écrit là un roman noir, un roman d'ambiance, de ceux qui laissent une présence longtemps après l'avoir lu : la force de l'imagination et de la visualisation. J'aime beaucoup les romans de l'auteur. Il sait, à chaque fois, se renouveler tout en gardant une voix personnelle reconnaissable.