Librairie coiffard

Conseillé par (Libraire)
3 mars 2020

Conseillé par Agathe et Stéphanie

En s'adressant directement au lecteur, c'est l'uranium lui-même qui ouvre puis clôture ce roman graphique extraordinaire à bien des points de vue.
Pour commencer, "La Bombe" se compose de 450 planches en noir et blanc dessinées de manière remarquable par Denis Rodier pour illustrer l'histoire de la Bombe d'Hiroshima racontée par Didier Alcante et Laurent-Frédéric Bollée. Difficile d'évaluer le travail titanesque qu'a dû nécessiter ce livre! Mais une choses est sûre, les trois auteurs ont réussi leur pari.
Sans jamais tomber dans les clichés ou le pathos, les deux scénaristes nous entraînent avec talent et précision dans une histoire faite d'hommes et de femmes. Des scientifiques. Des politiques. Tous les acteurs, toutes les circonstances qui ont menés à cette heure fatidique de 8h15 le 6 août 1945. Ils sont là et ils côtoient au fil des pages la famille de Naoki Morimoto et une fillette, personnages fictifs incarnant tout autant "l'impérialisme japonais que [...] nos japonais inconnus" explique Didier Alcante dans une post-face éclairante et émouvante.
Et comme le rappelle Laurent-Frédéric Bollée, à la lecture de "La Bombe" ces sont les premiers dialogues d' "Hiroshima mon amour" qui résonnent en nous : "J'ai tout vu à Hiroshima - Non, tu n'as rien vu à Hiroshima..."
"la Bombe" doit devenir une lecture essentielle, tout comme "Maus" de Art Spiegelman l'est désormais. Parce qu'il ne faut surtout pas oublier.

19,90
Conseillé par (Libraire)
15 février 2020

Conseillé par Rémy et Stéphanie

Que s’est-il passé là où l’on touche la rive? Le rivage que Caroline Laurent nous décrit, nous raconte - c’est celui de l’Archipel des Chagos. Lieu isolé - rattaché à l’île Maurice et à la domination britannique - Les Chagos sont tissés de songes singuliers et de croyances ancestrales. Ce lieu est aussi une zone stratégique, zone ficelée par les diverses ambitions géopolitiques.
Cet endroit, Diego Garcia, va devenir également le paysage des révélations et des secrets. C’est là tout le talent de Caroline Laurent que de distiller du romanesque à travers un faisceau de faits historiques. C’est aussi une évocation intime, personnelle. La passion amoureuse qui va lier les deux principaux personnages que tout oppose - la chagossienne Marie-Pierre Ladouceur et le mauricien Gabriel Neymorin - se calque admirablement au tragique de l’histoire. Récit intense, pétri de rage et de colère, que rien n’apaise. Pas même les quelques souvenirs figés dans la douceur: l’intensité des émotions consume tout ici. Et souffle, toujours aussi fort, le long des rivages des Chagos, l’implacable injustice.

Conseillé par (Libraire)
15 février 2020

Conseillé par Stéphanie

Arnaud de la Grange est sensible à la géographie.
Alors que son précédent roman "Les Vents noirs" se déroulait en grande partie à la croisée de ces trois mastodontes que furent l'empire russe, l'empire chinois et l'empire britannique des Indes, une étendue cernée par des montagnes hautes de 7000m et le désert de Gobi ; "Le Huitième soir" prend corps dans une cuvette, théâtre tragique, encerclée de montagne : Diên Biên Phu.
Le paysage est essentiel mais c'est le décor intérieur qui passionne l'auteur, tout comme Kessel qu'il admire.
Le lecteur plonge d'emblée dans le journal de bord de ce jeune soldat français parachuté, sur la base du volontariat, dans les sept derniers jours d'une bataille qui mettra définitivement fin à la présence française en Indochine. La guerre pourtant n'est qu'un prétexte.
Elle permet à Arnaud de la Grange de mettre à nu l'âme humaine et d'interroger l'essentiel. Il transcende la guerre pour nous raconter une histoire intérieure. Un histoire à hauteur d'homme. Rien n'est nié, rien n'est oublié.

Conseillé par (Libraire)
30 janvier 2020

Conseillé par Stéphanie, Etienne et Rémy

Alors qu'il était étudiant à Montréal, Guillaume Sire a rencontré Saravouth, un homme d'origine cambodgienne qui vivait dans la rue et qui lui a confié son histoire, du moins les bribes dont il se souvenait. Guillaume Sire a porté cette histoire longtemps en lui sans savoir comment l'écrire. "Réeelle", son précédent roman l'a aidé à se faire confiance, un voyage au Cambodge aussi.
Car tout part de là : de Phnom Pehn. Elle est méconnue la guerre civile cambodgienne qui courut de 1967 à 1975, territoire stratégique et dont le conflit fut exacerbé par l'influence de la guerre du Viet Nâm.
Lorsque le roman débute en 1971, Saravouth est un petit garçon de 11 ans qui vit heureux au sein d'une famille cambodgienne plutôt intellectuelle et catholique. Sous l'influence des lectures de sa mère qui est enseignante, il s'est crée un « Royaume Intérieur ». Imaginez que vous décidiez de vous créer un pays imaginaire, comme Peter Pan, en installant dans ce pays votre propre monde. Nourri à la lecture des mythes, Saravouth a de quoi se réfugier dans un monde extraordinaire. C'est la première partie du livre, fascinante. Et puis la famille de Saravouth est arrêtée, menée à la lisière d'une forêt. Quand Saravouth revient à lui, ses parents et sa sœur ne sont plus là, une très vilaine blessure par balle l'a laissé miraculeusement vivant. L'enfer commence pour cet enfant en quête de sa famille dans un monde d'une violence extrême. Différentes rencontres jalonnent son chemin qui le mèneront jusqu'en Amérique du Nord.

Ce gamin est incroyable d'intelligence, à la fois dans sa survie mais aussi dans la mise en place de son fameux « Royaume Intérieur ». Ce roman dégage une grande force, une grande lumière, une grande humanité dans l'inhumanité. Peut-être parce que Guillaume Sire arrive à nous raconter une histoire terrifiante pourtant perpétuellement effleurée par la poésie jusqu'à une sorte de folie douce parfois réconfortante, parfois inquiétante.

Conseillé par (Libraire)
16 janvier 2020

Conseillé par Stéphanie, Coralie et Caroline

Certaines vies sont parfois bousculées, bouleversées à jamais par des drames. Tout un pan de la littérature aujourd'hui propose des histoires de bonheur facile, un peu naïves mais qui remportent de toute évidence un franc succès. Mais est-ce le rôle de la littérature de tromper son lecteur? Non. La vie n'est pas un droit chemin. Oui. La mort frappe. Et parfois même ce sont les plus forts qui sont frappés. Et pour autant? N'y aurait-il pas moyen de regarder les choses en face, même les plus insupportables et de les affronter avec humour, avec une appétence pour la joie et pour la vie?
Il est souvent question de Capra dans le roman de Thibault Bérard. Et bien l'histoire de Théo et Sarah résonne avec cette petite musique là. Sans se voiler la face, une femme, un homme et tous ceux qui les aiment vont affronter la peur. Et si la mort gagne, c'est l'amour qui triomphe!